VENDREDI 16
18h30 Riverboom
Loin des autoroutes de l’information et du reportage clé sur porte, Riverboom est un film surprenant ou humour et auto dérision nourrissent une aventure passionnante. Ce qui n’est pas courant dans l’univers du documentaire. Nous sommes en 2002, lors d’un voyage périlleux dans un Afghanistan déchiré par la guerre. Le réalisateur qui découvre le cinéma malgré lui, filme au jour le jour les habitants d’un pays qui se révèle à nous totalement inconnu. Empathie du regard, simplicité des rencontres, évidence du récit, Claude Baechtold nous propose un voyage et une expérience qui fait traces.
21H00 Comme d’ici au pommier
Aujourd’hui que les guerres font rage, les médias semblent banaliser ce que la Guerre charrie d’horreurs et d’ignominies. Comme si la mémoire n’existait plus. Traumas, blessures, cauchemars disparaissent dans un non-dit qui n’a rien à voir avec l’oubli. La plaie est vive et toujours là. Cyprien Ponson part de cette amnésie en s’appropriant les récits que son grand père, soldat durant la guerre d’Algérie, lui a livré difficilement. Ce faisant il «devient» son grand père, habite sa ferme, cultive ses potagers pollués et progressivement sombre dans une forme de non vie sans cesse au bord du néant. Son film avec une rigueur et une intelligence terrible, nous entraine dans cette mémoire qui devient cris de douleur, refus périlleux qui saisit et secoue en profondeur le silence qui nous menace.
SAMEDI 17
La destinée romanesque de mon frère Siavash, si loin de la mienne, m’échappe et me fascine. Alors que je viens de devenir française et qu’il s’apprête à devenir Américain, loin de notre Iran natal, nous cherchons un terrain de jeu commun » citation de la réalisatrice.
Film très personnel, « Dans la gueule de l’ogre » bouscule les notions fragiles d’exil et d’identité. Ici l’exil n’est pas une solution, pas plus que rester en Iran n’est un avenir. Construit comme un road movie ou ces deux options s’entrechoquent, le film trouve son chemin quand il quitte cette logique binaire. Ignorant l’entre deux, il réussit à nous captiver par son approche peu courante du déracinement et de l’instabilité qui jamais ne fait confiance aux lieux communs et autres morales identitaires.
16h00 Si tout le monde part
Après 40 ans d’enseignement, la mère de la réalisatrice renonce à poursuivre son métier et prend une retraite anticipée. « Si tout le monde part » décrit ce mouvement de bascule ou ce qui hier faisait sens, devient aujourd’hui une situation inacceptable. Le film nous fait pénétrer dans cet instant du « non » et nous le donne à vivre avec une évidence qui nous secoue. Et les faiblesses et les compromissions de l’institution, nous les découvrons dans le hors champ que le film construit avec une invention rarement vue, une écriture tout en finesse et cette délicatesse dans le récit qui est une réussite à tous les niveaux. Un coup de cœur qui va loin.
18h00 Road 190
Découverte cinglante des USA via une route du Texas. Depuis sa cellule de prison, un condamné à mort nommé Mabry imagine son dernier voyage : 60 kilomètres de route, ponctués par l’omniprésence de prisons et qui se termine par la chambre d’exécution de Huntsville. A partir des témoignages de Mabry, ce film nous fait parcourir cette route en donnant la parole aux habitants qui vivent au milieu des bâtiments carcéraux. Dominé par la peur de l’autre et l’obsession sécuritaire, leurs paroles sont saisies sur le vif, sans commentaires, se suffisant à elles mêmes. Car ici ni morale, ni jugement de la part des réalisatrices mais un regard et une présence d’une intelligence émotionnelle qui vise l’inadmissible et fait mouche. Un film sans concessions et plus que salutaire en ces temps qui frisent le grand n’importe quoi.
21h00 Ici Brazza – chronique d’un terrain vague
Terra Nostra a déjà programmé un film d’Antoine Boutet : Le plein pays. Il nous revient avec un autre film exceptionnel. « Ici Brazza » raconte la métamorphose d’un terrain vague de 53 hectares en un vaste projet immobilier « éco responsable », sorte de HLM pour moyenne bourgeoisie. Et Antoine Boutet va filmer cette transformation au plus près, pendant plusieurs années, ne laissant rien au hasard. A chaque évènement important, il est là. Et c’est scotchant. Pas de commentaires, pas d’explications mais une confiance sans faille dans ses images, dans son regard. Une bande son sans cesse en contre point. Des écritures différentes qui rythment les progrès des travaux, des trucages inventifs qui viennent décaler notre perception, un humour inattendu qui nous donne un clin d’œil critique. Ce film est à voir, un point c’est tout.
DIMANCHE 18
14h00 Haulout
Migration… surveillance… animaux en péril…
14h30 Dormir à Noailles depuis
L’effondrement de deux immeubles à Marseille en 2018 n’a pas fini de nous interroger quand on revient sur les interventions qu’il suscita. Film d’animation parcouru de témoignages des habitants et des proches, le film de Tuia Cherici par une invention graphique époustouflante, nous entraine au cœur de cet univers insalubre et de ses conséquences après effondrement. Peurs, insomnies, cauchemars mais aussi contrôle, surveillance, mépris, ségrégation. Rien ne manque pour aller à la racine de cette catastrophe. Et la dextérité manuelle des animations trouve les gestes justes pour nous plonger dans le refus en acte de ce monde immonde. Une exemplaire réussite.
16h00 Un lugar mas grande
Chiapas, sud-est du Mexique, à quelques encablures des zones Zapatistes, les habitants de la commune de Tila décident en 2020 de virer leur police, leur mairie et les politiciens qui vont avec. Très clairement, ils reprennent en main leur petite ville et découvrent les joies et surtout les difficultés de l’autogouvernement au quotidien. Pendant cinq ans Nicolas Défossé va filmer cette expérience périlleuse. Cinéma direct, vérités du réel, immersion vers les racines les plus profondes, son cinéma ne connaît ni bien ni mal, ni commentaires ni explications mais seulement la parole et les gestes de ces hommes et parfois de ces femmes qui réinventer une vie ensemble. Et ce, malgré la présence des paramilitaires et des forces gouvernementales qui alentour menacent leur commune. Un film qui tourne le dos aux sentiers battus pour mieux nous ouvrir à ces chemins inconnus.
21h00 Historias del buen valle
C’est avec un réel plaisir que nous programmons le dernier film de José Luis Guerin. Et il est difficile d’écrire cette présentation sans dire que ce réalisateur est certainement parmi les très grands cinéastes documentaires d’aujourd’hui. Son dernier film en est la preuve à tous les niveaux. Avec Historias de la buena valle, Guerin renoue avec ce cinéma des récits multiples qui donnent chair à une communauté située et menacée. Ici pas de distance mais une présence du cinéaste qui rencontre les autres et partage les singularités et les différences qui font la richesse d’une vie ensemble. Filmé avec une sensibilité sans cesse en éveil, toujours en écoute, le film est une immersion dans ces vies partagées qui nous portent et nous emportent loin, très loin d’un monde mortifère et qui ne devrait pas être le notre.
