Vendredi 10

18h30: Mills of time

21h: Bande son pour un coup d’état


Samedi 11

14h: Toto et ses sœurs

21h: Silence voice

18h: Spectre de la guerre

21h: Jusqu’à ce que le jour se lève


Dimanche 12

14h: Les mots qu’elles eurent un jour

16h30: Oubliez Tosquelles

18h30: Longtemps ce regard


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Rencontres Terra Nostra 2026

Près d’un petit village des Cévennes, Saint Germain de Calberte, un homme âgé et un jeune homme restaurent un étroit canal taillé dans le schiste. En suivant ce canal, on découvre les gestes, le savoir faire des deux hommes et les lieux presque sauvages d’une forêt. Le film de Pauline Rigal est à la jointure de ces deux mondes qui n’en font qu’un : ce travail de sauvetage et d’entretien qui ramène le passé et le transmet. Et la présence presque silencieuse et calme de l’eau, du soleil et du vent qui coule entre les arbres, entre les plans du film, entre eux et nous. Et nous relie ensemble en une même rencontre. Poésie visuelle, cinéma de l’instant et beauté de la pellicule,

Guerre froide. Indépendance des nations africaines. Assassinat de Lumumba. Le colonialisme Euro-Américain mis en cause, veut garder et son contrôle et son pouvoir gestionnaire. IL y parvient via des stratégies odieuses. Parmi elles, le jazz noir devenu carte de visite de la domination blanche.

Le film de Johan Grimonprez couvre ces années 50/60 inventant une écriture étonnante. Loin d’un discours informatif, le film nous plonge au cœur de ces turpitudes et les déconstruit jusqu’à la lie coloniale avec une science du récit qui nous subjugue et nous emporte. Cinéma radical s’il en est, ce film par son approche sans concession, nous fait vivre une expérience unique qui à chaque instant nous ramène à notre présent, nous donnant plus que des pistes pour en changer le cours.  

Toto, 9 ans, vit avec ses grandes sœurs dans un quartier délabré des abords de Bucarest. Les trois enfants roms, livrés à eux mêmes, s’entassent dans une seule pièce. Soudain tout change. Toto et l’une de ses sœurs sont acceptés dans un orphelinat. Toto y apprend à lire, écrire, rire… et se découvre une passion : la danse et le hip-hop. Le film avec un regard d’une grande pudeur et une écriture juste et complice, fait le récit de cette vie dramatique, faite de haut et de bas, mais qui nous tient presque en haleine, tant l’émotion qu’elle suscite nous concerne et nous bouleverse. 

Khavaj a fuit la Tchétchénie après que son frère ait découvert son homosexualité et juré de le tuer. Arrivé en Belgique et devenu mutique face au choc de l’exil, il va tenter de se construire une nouvelle identité. Reka Valerick filme Khavaj en gros plan, en gestes serrés, jouant d’une approche fragmentaire et fragile. Se faisant, il tente de répondre à cette question : comment transmettre les émotions et le vécu d’une personne privée de mots et de visage ? Et il y réussi étonnamment bien en créant un espace inattendu d’intimité physique entre Rekha, le spectateur et lui. Et ce triangle cinématographique va nous rapprocher de Rekha, de son histoire et quelque part de cette vraie vie que nous partageons et qui est tout simplement de l’ordre de l’essentiel.

Alors que la guerre sévit partout, cette présentation propose de suspendre le flux des images d’actualités pour interroger les archives – cinéma, photographie mais aussi dessins, peintures, objets – et retracer l’histoire des représentations de la guerre : leurs apparitions et leurs disparitions, leurs usages politiques et militaires, artistiques et propagandistes. 

Elle prend pour objet les images de la Première Guerre mondiale en Allemagne, envisagées comme autant de signes d’une monstruosité passée, présente et à venir. Il s’agit de comprendre ce moment charnière qu’a constitué le « premier conflit médiatisé », son rôle dans la constitution d’un traumatisme collectif. Nous cheminerons dans ces images pour nous demander, entre autres : qui les montre et pourquoi ? Lesquels prennent position ? Pour ou contre la guerre ?

Dans les marges de la périphérie d’une ville, ils sont chômeurs, ouvriers, travailleurs du tertiaire. Ils partagent leurs semaines entre labeur et week-ends beuverie. Ils sont les amis d’enfance du réalisateur qui les filme au plus près, dans leur vie quotidienne là ou la banalisation du travail cache parfois un désespoir profond. Il les filme mais c’est un film avec eu qu’il tourne, pour eux et lui. La distance documentaire ici ne joue pas. Ce qui se devine est cette force d’être ensemble, de faire corps, de faire classe. Jusqu’à ce que le jour se lève est peut être politiquement parlant un film sur l’amitié. L’amitié ici est politique. Et cette amitié devient le lieu secret du film, un territoire propre a ceux qui le vivent, pouvant accueillir des moments complices, à la marge des normes et des identités, là ou quelque chose peut advenir. S’inventer, se vivre en inventant la vie.

En 1962, Yann Le Masson filme la parole de militantes algériennes à leur sortie de prison en France. 50 ans plus tard le film est retrouvé, le son a disparu. Que disaient elles, que ne disaient elles pas ? Raphael Pillosio part en Algérie à la recherche de ces femmes. Enquête sur un passé trop souvent méconnu, comme occulté, disparu. A l’instar de la bande son, silence. Un « pourquoi ce silence ? » traverse tout le film. Raphael Pillosio n’y répond pas directement, laissant volontairement au spectateur un hors champ ou construire son récit et c’est formidable. Car ce voyage dans ce passé méconnu via la mise en scène du réalisateur finit par nous interroger sur notre présent. Devenus  complices de ces femmes, il nous amène à poursuivre avec elles un combat essentiel et toujours d’actualité.

« Francois Tosquelles est un psychiatre catalan exilé en France à la fin de la guerre civile espagnole. Il anima le centre psychiatrique de Saint Alban en Lozère et en fit le berceau de la psychothérapie institutionnelle ». Derrière ce plat résumé se cache un homme hors du commun et le film d’Enric Miro va nous le faire découvrir. Mais pas n’importe comment. Véritable expérience cinématographique, son film trouve une forme et une écriture très singulières et personnelles. Mêlant documents d’archives, enregistrements et interviews à une voix off qui voyage le passé en pensant au présent, il nous entraine à faire des propositions révolutionnaires de Tosquelles des questions fondamentales pour changer nos habitudes de penser et de vivre. Formidable transmission, bien au-delà d’un simple portrait, c’est à un héritage de savoir et de savoir faire doublé d’une profonde empathie que Enric Miro nous convie.

Programmer deux films d’un même réalisateur, fait rare à Terra Nostra, tient dans la nouveauté du second par rapport au premier alors que la situation est sensiblement la même et que l’on retrouve dans le second des personnages du premier. Avec ce nouveau film, Pierre Tonachella ne vise ni la chronique, ni la série. Il nous propose une autre approche, un autre regard et donc un autre récit. Ce qui le trouble et le travaille tient plutôt dans une recherche d’écriture et de compréhension. Touchant à la fiction et usant de citations, de voix off, de lectures, il ouvre sur de nouvelles façons de percevoir la vie. Il nous entraine vers d’autres horizons. Son film est plein d’espoir. Il ne s’agit plus ici d’attendre mais de devenir, de se risquer à emprunter d’autres chemins, vivre d’autres expériences, d’autres rencontres.
Et c’est magique. Et c’est du cinéma, au plus beau sens du terme.


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Près d’un petit village des Cévennes, Saint Germain de Calberte, un homme âgé et un jeune homme restaurent un étroit canal taillé dans le schiste. En suivant ce canal, on découvre les gestes, le savoir faire des deux hommes et les lieux presque sauvages d’une forêt. Le film de Pauline Rigal est à la jointure de ces deux mondes qui n’en font qu’un : ce travail de sauvetage et d’entretien qui ramène le passé et le transmet. Et la présence presque silencieuse et calme de l’eau, du soleil et du vent qui coule entre les arbres, entre les plans du film, entre eux et nous. Et nous relie ensemble en une même rencontre. Poésie visuelle, cinéma de l’instant et beauté de la pellicule,

Guerre froide. Indépendance des nations africaines. Assassinat de Lumumba. Le colonialisme Euro-Américain mis en cause, veut garder et son contrôle et son pouvoir gestionnaire. IL y parvient via des stratégies odieuses. Parmi elles, le jazz noir devenu carte de visite de la domination blanche.

Le film de Johan Grimonprez couvre ces années 50/60 inventant une écriture étonnante. Loin d’un discours informatif, le film nous plonge au cœur de ces turpitudes et les déconstruit jusqu’à la lie coloniale avec une science du récit qui nous subjugue et nous emporte. Cinéma radical s’il en est, ce film par son approche sans concession, nous fait vivre une expérience unique qui à chaque instant nous ramène à notre présent, nous donnant plus que des pistes pour en changer le cours.  

Toto, 9 ans, vit avec ses grandes sœurs dans un quartier délabré des abords de Bucarest. Les trois enfants roms, livrés à eux mêmes, s’entassent dans une seule pièce. Soudain tout change. Toto et l’une de ses sœurs sont acceptés dans un orphelinat. Toto y apprend à lire, écrire, rire… et se découvre une passion : la danse et le hip-hop. Le film avec un regard d’une grande pudeur et une écriture juste et complice, fait le récit de cette vie dramatique, faite de haut et de bas, mais qui nous tient presque en haleine, tant l’émotion qu’elle suscite nous concerne et nous bouleverse. 

Khavaj a fuit la Tchétchénie après que son frère ait découvert son homosexualité et juré de le tuer. Arrivé en Belgique et devenu mutique face au choc de l’exil, il va tenter de se construire une nouvelle identité. Reka Valerick filme Khavaj en gros plan, en gestes serrés, jouant d’une approche fragmentaire et fragile. Se faisant, il tente de répondre à cette question : comment transmettre les émotions et le vécu d’une personne privée de mots et de visage ? Et il y réussi étonnamment bien en créant un espace inattendu d’intimité physique entre Rekha, le spectateur et lui. Et ce triangle cinématographique va nous rapprocher de Rekha, de son histoire et quelque part de cette vraie vie que nous partageons et qui est tout simplement de l’ordre de l’essentiel.

Alors que la guerre sévit partout, cette présentation propose de suspendre le flux des images d’actualités pour interroger les archives – cinéma, photographie mais aussi dessins, peintures, objets – et retracer l’histoire des représentations de la guerre : leurs apparitions et leurs disparitions, leurs usages politiques et militaires, artistiques et propagandistes. 

Elle prend pour objet les images de la Première Guerre mondiale en Allemagne, envisagées comme autant de signes d’une monstruosité passée, présente et à venir. Il s’agit de comprendre ce moment charnière qu’a constitué le « premier conflit médiatisé », son rôle dans la constitution d’un traumatisme collectif. Nous cheminerons dans ces images pour nous demander, entre autres : qui les montre et pourquoi ? Lesquels prennent position ? Pour ou contre la guerre ?

Dans les marges de la périphérie d’une ville, ils sont chômeurs, ouvriers, travailleurs du tertiaire. Ils partagent leurs semaines entre labeur et week-ends beuverie. Ils sont les amis d’enfance du réalisateur qui les filme au plus près, dans leur vie quotidienne là ou la banalisation du travail cache parfois un désespoir profond. Il les filme mais c’est un film avec eu qu’il tourne, pour eux et lui. La distance documentaire ici ne joue pas. Ce qui se devine est cette force d’être ensemble, de faire corps, de faire classe. Jusqu’à ce que le jour se lève est peut être politiquement parlant un film sur l’amitié. L’amitié ici est politique. Et cette amitié devient le lieu secret du film, un territoire propre a ceux qui le vivent, pouvant accueillir des moments complices, à la marge des normes et des identités, là ou quelque chose peut advenir. S’inventer, se vivre en inventant la vie.

En 1962, Yann Le Masson filme la parole de militantes algériennes à leur sortie de prison en France. 50 ans plus tard le film est retrouvé, le son a disparu. Que disaient elles, que ne disaient elles pas ? Raphael Pillosio part en Algérie à la recherche de ces femmes. Enquête sur un passé trop souvent méconnu, comme occulté, disparu. A l’instar de la bande son, silence. Un « pourquoi ce silence ? » traverse tout le film. Raphael Pillosio n’y répond pas directement, laissant volontairement au spectateur un hors champ ou construire son récit et c’est formidable. Car ce voyage dans ce passé méconnu via la mise en scène du réalisateur finit par nous interroger sur notre présent. Devenus  complices de ces femmes, il nous amène à poursuivre avec elles un combat essentiel et toujours d’actualité.

« Francois Tosquelles est un psychiatre catalan exilé en France à la fin de la guerre civile espagnole. Il anima le centre psychiatrique de Saint Alban en Lozère et en fit le berceau de la psychothérapie institutionnelle ». Derrière ce plat résumé se cache un homme hors du commun et le film d’Enric Miro va nous le faire découvrir. Mais pas n’importe comment. Véritable expérience cinématographique, son film trouve une forme et une écriture très singulières et personnelles. Mêlant documents d’archives, enregistrements et interviews à une voix off qui voyage le passé en pensant au présent, il nous entraine à faire des propositions révolutionnaires de Tosquelles des questions fondamentales pour changer nos habitudes de penser et de vivre. Formidable transmission, bien au-delà d’un simple portrait, c’est à un héritage de savoir et de savoir faire doublé d’une profonde empathie que Enric Miro nous convie.

Programmer deux films d’un même réalisateur, fait rare à Terra Nostra, tient dans la nouveauté du second par rapport au premier alors que la situation est sensiblement la même et que l’on retrouve dans le second des personnages du premier. Avec ce nouveau film, Pierre Tonachella ne vise ni la chronique, ni la série. Il nous propose une autre approche, un autre regard et donc un autre récit. Ce qui le trouble et le travaille tient plutôt dans une recherche d’écriture et de compréhension. Touchant à la fiction et usant de citations, de voix off, de lectures, il ouvre sur de nouvelles façons de percevoir la vie. Il nous entraine vers d’autres horizons. Son film est plein d’espoir. Il ne s’agit plus ici d’attendre mais de devenir, de se risquer à emprunter d’autres chemins, vivre d’autres expériences, d’autres rencontres.
Et c’est magique. Et c’est du cinéma, au plus beau sens du terme.