PROGRAMME 2021


  Vendredi 22

  18h30 La mer et les jours

  L’huile et le fer
  21h30
: Être vivant et le savoir

  Samedi 23

  14h: Paysannes 1

  La forêt de signes
  15h30A lua platz

  18h :  Cézanne

  21h30Rencontre avec le cinéma de Camille Ponsin

  Dimanche 24

  14h: 143 rue du désert

  16h15Paysannes 2
  Kachach au-dessus de Zaatari
  Machini
  18h A rifle and a bag
  21h30: Chez jolie coiffure présenté par Patrick Leboutte

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VENDREDI 11


La mer et les jours est un film mythique du cinéma français, un astre noir aux allures de chef-d’œuvre. Sur l’île de Sein Raymond Vogel et Alain Kaminker filment avec un regard d‘une rare acuité la réalité insulaire de pécheurs bretons. Le film est sombre et dur, sans concession tant dans sa forme qui anticipe la puissance du cinéma direct et prolonge la singularité du cinéma dit de commentaire, ici il est écrit par Chris Marker, que dans le fond qui plus que la peinture d’une communauté, est une mise en partage de la vie de ces femmes et de ces hommes.

Dans un petit village de l’Est de la France se répètent quotidiennement les mêmes gestes. Souder deux tronçons de lame, couper du bois, traire une vache, coudre un vêtement, protéger des légumes. Autant d’actions répétées de génération en génération, au jour le jour jusqu’à l’épuisement des corps. Et c’est ces corps à bout de souffle que filme Pierre Schlesser avec une étonnante justesse, interrogeant jusque dans ses moindres détails, cette absurde malédiction du labeur quotidien. A partir d’un récit intime et d’images dont la brutale banalité n’est qu’apparence, le film nourri d’empathie et de colère, nous confronte à une réalité par trop ignorée. Pierre Schlesser par son approche et la finesse de son écriture nous livre un moment de vie et une forme de mémoire qui nous accompagne longtemps.


21h30 Être vivant et le savoir

Emmanuèle Bernheim et Alain Cavalier sont liés par trente ans d’amitié. Le cinéaste bouleversé par le livre autobiographique de son amie : « Tout s’est bien passé », lui propose de réaliser ensemble un film à partir de son récit. Dans son livre elle raconte comment son père lui a demandé « d’en finir » à la suite d’un accident cardio-vasculaire. Emmanuèle accepte la proposition de Cavalier mais un matin d’hiver elle lui téléphone. Elle est atteinte d’un cancer du poumon. Pourtant Cavalier ne renonce pas à son projet et avec la complicité d’Emmanuèle, il l’adapte à cette nouvelle et douloureuse situation.

Contrairement a ce que ce bref résume pourrait laisser entendre, Etre vivant et le savoir est un film magnifique, formidable, bouleversant toutes les instances de la mort. Mettant en scène un étonnant pas de côté, Cavalier ne nous laisse jamais indifférent, déployant toute la richesse de son cinéma pour nous faire partie prenante de cett interrogation existentielle qui touche aux merveilles.


































SAMEDI 12


14h Paysannes 1

En 1976, Gérard Guérin entreprend de filmer et d’enregistrer trois générations de paysannes du Larzac, afin de capter les récits et les témoignages de ces femmes. De là naît une série de six épisodes. Nous vous en présentons deux. Dans ce premier épisode il l’intéresse au travail de celles-ci et ce qui fait la qualité de son approche, la réussite de sa manière de filmer et la finesse de son montage, tient dans son soucis du regard et de la durée, dans cette invention d’un cinéma complice en prise avec le réel et qui va au plus profond de la vérité et de la beauté des êtres.

14h La forêt des signes

Ce film inattendu et participant d’un projet plus vaste, couvre la forêt de graphes, inventant une « écriture » singulière qui semble naître tout au cœur du vivant. Langage expérimental des arbres, naturalité des signes, mystère de leur rencontre, certainement une invention dont surgit la magie du cinéma.


15h30 A lua platz

« Aux marges d’une banlieue parisienne en grande mutation, quelques familles roumaines cherchent des lieux où vivre. Depuis le village quitté, le bidonville rasé, les maisons occupées, leurs trajectoires retissent une histoire commune, faite de solidarité autant que de relégation. Devenus compagnons de route, nous fabriquons ce film ensemble, comme d’autres espaces habitables. » Jérémy Gravayat
Composé de documents d’archive et d’instants filmés dans une profonde amitié, A lua platz est un film qui a cette qualité particulière de nous inviter à l’habiter tel un lieu improbable dont nous partageons les histoires, les conflits et les joies sans pour autant en dire trop et tout en nous en donnant beaucoup à voir. Sa mise en récit et les enjeux qui la traversent affinent notre compréhension d’une forme d’altérité qui nous est plus que nécessaire.

17h Cézanne

Il est des films qui nous font du bien et le nouveau film de Sophie Bruneau (dont nous avons vu La corde du diable et Rêver sous le capitalisme) est certainement l’un de ceux-là. L’atelier de Cézanne reçoit aujourd’hui des visiteurs du monde entier. Trois femmes les accueillent et prennent soin des lieux. Elles sont au centre du film et possèdent la clé d’un monde où se mélangent et se confondent visible et invisible, beauté et mémoire, présence des êtres et douceur de vivre. La justesse des images, la profondeur de la lumière, l’attention du regard font naitre comme une magie douce et apaisante qui ne nous quitte plus. Et c’est du grand art à l’instar du maitre des lieux.


21h30  Rencontre ave le cinéma de Camille Ponsin

Nous avons projeté la plupart des films de Camille Ponsin. De « Ingénieurs, sherpas et boites de conserve » à « Le droit au baiser » en passant par « Bollywood boulevard » sa filmographie tour à tour drôle, cinglante, engagée et personnelle parle pour lui. A l’occasion de la prochaine sortie en salle de son dernier film, nous avons voulu l’inviter pour nous parler de son cinéma.





































DIMANCHE 13


143, rue du Désert est l’adresse de Malika, 74 ans. Elle vit seule dans une petite buvette en plein milieu du désert algérien, le long d’une route où font halte routiers, touristes et inconnus, le temps d’un repas, d’une cigarette ou d’une conversation. Par la théâtralité de ses cadres et la durée de ses plans, sa science du montage et la rigueur de son récit, 143, rue du Désert réussit à nous immerger dans ce temps du désert qui vibre au de-là de l’attente des clients de passage. Malika devient alors l’incarnation d’une présence au monde, cette part invisible des liens qui nous tiennent et nourrissent nos fragiles existences. Avec ce film Hassen Ferhani touche à l’essentiel et quand le monde de Malika se voit menacé, c’est toute une part de nos vies qui s’effondrent, nous laissant orphelins d’une plénitude.

Dans ce deuxième épisode Gérard Guérin s’intéresse à l’esprit de révolte qui anime ces femmes face à l’éventuelle implantation d’un camp militaire sur le Larzac. Avec toujours cette faculté extraordinaire d’écoute et de regard, il saisi la naissance d’un refus et d’une lutte dans un quotidien immergé dans un espace vivant qui loin de se résumer à un paysage ou à une toile de fond, est filmé comme l’essence même d’une forme de vie en pleine transformation.

Dans le camp de réfugiés de Zaatari, on attend la fin d'une guerre syrienne qui n'en finit plus de durer. Parmi les exilés, une communauté s'est reformée : les Kachach. Eleveurs d'oiseaux culturellement méprisés, ils font revivre une tradition millénaire qui, dans ce camp planté au milieu du désert et que nul n'est censé quitter, trouve dans le vol libre et ample des oiseaux une part de rêve et d’évasion, en attendant la fin de l'exil.


16h15 Machini

Machini est un ovni cinématographique entre animation et documentaire. Par leur maitrise du récit, leur intelligence du montage et leurs techniques d’animation inventives et étonnantes, Frank Mukunday et Tetshim dénoncent avec beaucoup d’audace et d’originalité, le scandale écologique que vit le Congo aujourd’hui. En dire plus serait divulgacher toute la richesse de ce formidable moment de cinema.


18h A rifle and a bag

Dans le nord est de l’Inde, les Naxalites luttent depuis la fin des années 60 pour les droits des "tribaux" et des hors-castes. Certains d’entre eux épuisés par cette guerre civile incessante ont décidé de quitter la rébellion naxalite. Somi et son mari sont de ceux-là. Ils vivent aujourd’hui avec leurs deux enfants en bas âge dans un camp installé par le gouvernement indien en vue de leur réintégration. Mais l'organisation sociale qu'ils ont combattue les armes à la main et qui prétend leur offrir un avenir et une rédemption, les attend au tournant. En totale immersion, Arya Rothe, Isabella Rinaldi et Cristina Hanes ont filmé sur une longue période Somi et sa famille, captant sur le vif les petits faits de leur situation pour nous livrer avec beaucoup de finesse le récit de leur vie quotidienne. Avec empathie et sensibilité, les trois réalisatrices ont su trouver la forme juste pour nous faire ressentir toute la violence de l’insidieux "pardon" gouvernemental. Et ce faisant elles nous ont rendu Somi si proche, si lumineuse que sa force et la fragilité nous bouleversent, nous troublent et nous interrogent.

« Rosine Mbakam, réalisatrice camerounaise, filme le petit salon de coiffure de Sabine comme une chaleureuse oasis au cœur d’un désert de solitude et de violences. À l’extérieur, c’est l’hostilité : des hommes qui zonent, des touristes qui se croient au zoo, des policiers qui font des descentes de contrôle d’identité. Mais à l’intérieur, au milieu des gestes précis et rapides, qui tressent et coiffent sans relâche, se partagent les parcours douloureux de chacune pour arriver jusqu’en Belgique et pour tenter d'y rester. Bien que construit autour du personnage charismatique de Sabine, à l’humour et aux coiffures enthousiasmantes, c’est un portrait choral de la lutte de ces femmes réfugiées et de leur solidarité qui se déploie ici ».

Chez jolie coiffure est un film important, essentiel car il parle au présent et bouscule préjugés et méconnaissances, en posant un geste nécessaire et qui contient à lui seul ce qu’il faut entendre par cette proposition : décoloniser le regard.